La tradition éthique nationale et l’éthique internationale chinoise - 中欧社会论坛 - China Europa Forum

La tradition éthique nationale et l’éthique internationale chinoise

Auteurs : Shi Yinhong

Extrait de «  «Etudes politiques internationales », Numéro 3, 2007, pp. 19-20 »

Les principes éthiques sont les concepts les plus significatifs dans l’arrangement social et dans l’acte humain, et la tradition éthique est le contenu le plus remarquable dans la culture traditionnelle d’une nation ou d’une civilisation.

Nous pouvons croire d’une part que les mêmes principes éthiques existent dans la plupart des nations ou des civilisations. Ces principes s’expriment par les termes ou notions tels que « le principe céleste et l’éthique humaine » dans la Chine antique ou la loi naturelle en occident ; d’autre part, il faut reconnaître que les réglements éthiques, les usages moraux ou les modalités de jugement moral peuvent être très différents d’une nation à l’autre. En plus, pour une même nation ou civilisation, dans les différentes époques de son histoire, les principes éthiques peuvent être divers. Un principe éthique, s’il est respecté par beaucoup de monde et que cele dure pendant plus d’une génération, constitue déjà une « tradition éthique nationale ».

En ce qui concerne les affaires internationales, il existe dans l’histoire chinoise une éthique unifiée confucianiste. Ce état de chose est semblable à l’existence d’une éthique unifiée du « monde chrétien » en Europe du Moyen-âge. Mais à la même époque, il existe aussi dans l’histoire chinoise l’éthique politique puissante, originaire de l’école légiste, dont les principes de base, les modes de pensée et les styles ressemblaient beaucoup à ceux de Thucydide, de Machiavel et de l’éthique réaliste moderne. Dans la Chine contemporaine, pendant les 30 ans après 1949, c’est l’éthique internationale du parti communiste chinois avec à sa tête Mao Zedong qui influence et même guide les conduites des Chinois sur le plan international. Il s’agit d’une éthique, qui a pris sa source dans le marxisme-léninisme, mais aussi dans le nationalisme moderne chinois, qui représentait une civilisation ancienne, humiliée à l’époque moderne et soulevée d’une juste indignation. Elle traduit une ferveur de soulèvement, une dichotomie morale et un idéal de libération générale.

Cela dit, il convient de traiter l’éthique chinoise sur la relation entre les pays puissants et les pays faibles et la relation entre les différentes nations. Cette éthique chinoise peut se diviser en trois parties : 1. l’éthique principale dans la culture traditionnelle ; 2. l’éthique chez les communistes chinois à l’époque de Mao Zedong ; 3. l’éthique du gouvernement chinois d’aujourd’hui. Dans les pensées prédominantes de l’époque ancienne, l’éthique chinoise entre les pays puissants et les pays faibles veut la bienveillance. C’est une bienveillance des plus forts envers les plus faibles, alors que les communistes de l’époque de Mao Zedong, ayant de fortes notions de justice moderne et de longues expériences de lutte pour la libération nationale, vouaient une haine farouche à la conduite des puissants qui humiliaient les faibles dans la politique internationale, et ils ne toléraient pas non plus une « bienveillance » accordée par les plus forts aux plus faibles avec une condescendance blessante. L’éthique de la Chine d’aujourd’hui n’a plus de teinte de forte ferveur. Les principes restent les mêmes, mais le ton change. Sont beaucoup plus souples les principes éthiques dans les pratiques internationales, les intérêts réels sont souvent pris en compte et ne sont plus à sacrifier facilement pour un idéal moral comme avant.

Dans la tradition éthique chinoise, ont fait défaut les principes et les notions d’égalité entre les pays, qu’ils soient grands ou petits. Par conséquent, il ne faut pas exagérer la signification d’une telle éthique à l’époque moderne. Parallèlement, il faut bien comprendre ce que c’est « l’empire chinois», ou cet immense pays qu’était la Chine antique. Mais il faut savoir aussi que les pays d’Asie de l’est, surtout les pays continentaux voisins de Chine, conservent un souvenir de l’empire chinois parfois différent de celui des Chinois, un souvenir qui comporte certains éléments dont les Chinois ne font pas grand cas, ou qu’ils négligent et même nient.

La pertinence avec laquelle une nation se critique et se fait critiquer sur le plan éthique fait preuve de la véritable grandeur de cette nation. Il faut éviter de s’estimer infaillible sur le plan moral. Cela est une des qualités les plus nécessaires d’une nation, et aussi d’un individu.

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